Les journalistes en difficulté pour couvrir les événements
LE MONDE | 28.11.07 | 15h04  •  Mis à jour le 28.11.07 | 15h08

es reporters des chaînes de télévision venus rendre compte des affrontements à Villiers-le-Bel ont été confrontés à un double risque : celui d'"attiser la violence" ou de "s'attirer la colère", des émeutiers, explique Jean-Marie Bayle, directeur de la rédaction de LCI. Au cours de l'hiver 2005, radios et télés ont égrené le nombre de voitures brûlées chaque nuit. "Nous sommes plutôt confrontés cette année au nombre de policiers blessés", ironise Guillaume Dubois, rédacteur en chef de BFM-TV.

Les journalistes sont aussi pris pour cible. Après l'agression d'un journaliste du Monde, dimanche 25 novembre, un reporter du quotidien gratuit 20 minutes a été pris à partie mardi 27. Dans l'après-midi, "une équipe de TF1 a été agressée et la caméra bousculée", déplore M. Bayle. Lundi 26 novembre, une équipe de France 3 s'est fait voler sa caméra et un journaliste a été frappé par une dizaine de personnes.

Pourtant, les chaînes avaient pris leurs précautions. Sur place, "les journalistes essaient de rester groupés car le danger peut venir de partout", indique M. Bayle. "Les conditions de travail sont difficiles pour nos équipes", reconnaît Paul Nahon, directeur de l'information de France 3. Selon lui, "leur problème fondamental est de ne pas s'approcher de trop près des jeunes avec notre matériel en raison de violences physiques et de vols".

"PAS DE FILLES"

Cette prudence perturbe le compte rendu des événements. "Nous ne pouvons installer des moyens de direct qu'à plusieurs kilomètres des affrontements. Vu le déchaînement de violence sur place, les cameramen filment de loin et les seules images que nous pouvons filmer sans risques sont celles des dégâts mais le lendemain", ajoute M. Nahon.

Inquiètes pour l'intégrité physique de leurs journalistes, les chaînes ont toutes eu le même réflexe. "Nous envoyons des gars solides. Pas de filles pour le moment", admet Jean-Marie Bayle. Comme BFM-TV, qui "à la nuit tombée choisit plutôt des mecs".

I-Télé, elle aussi, fait appel "uniquement à des volontaires et plutôt des garçons", reconnaît Valérie Lecasble, directrice générale de la chaîne info de Canal+. Dimanche soir, les trois journalistes femmes envoyées sur place "ont objectivement eu la trouille", explique Valérie Lecasble. Lundi soir, un reporter d'image d'i-Télé a été frappé à coups de barre de fer. Dans les banlieues, "le sentiment général des habitants est que les médias ne sont pas de leur côté", ajoute la directrice générale d'i-Télé. Selon elle, "les gens n'ont pas le sentiment que les médias restituent ce qu'ils pensent".

Lundi, au journal de 20 heures, l'envoyé spécial de TF1 n'a constaté "que quelques échauffourées, (...) rien de très très grave". Il concluait même : "Maintenant le calme semble être revenu." Pourtant, selon les reporters du Monde, présents sur place, des affrontements très violents avaient repris peu après 19 h 30. Catherine Nayl, directrice des reportages de TF1, admet "une conclusion un peu hâtive" de l'envoyé spécial "par rapport à une situation trop évolutive". Mais selon elle, "cela ne semble pas être une minoration de l'info". Mardi, au "20 heures", Patrick Poivre d'Arvor a signalé que "la tension est encore montée d'un cran" à Villiers-le-Bel. Les émeutes ont été traitées au long de "six sujets plus un off contre trois mardi", détaille Mme Nayl.


Guy Dutheil et Daniel Psenny
Article paru dans l'édition du 29.11.07